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Co. - détail
“Je développe une pratique picturale centrée sur le portrait, que je réalise principalement à l’acrylique. Mon travail s’inscrit dans une recherche de présence et de justesse du regard, au-delà de la simple ressemblance.

À travers une approche sensible et progressive, je construis mes portraits par couches successives, en jouant sur les transparences, les contrastes et la matière. L’acrylique me permet à la fois rapidité d’exécution et précision, tout en laissant place à l’intuition et à l’accident.

Mon expérience de modèle d’art nourrit profondément ma démarche: elle influence ma compréhension du corps, des postures et des tensions, que je cherche à retranscrire dans mes visages. Je m’intéresse particulièrement à ce qui affleure sous la surface: l’émotion, la fragilité, la force silencieuse.”

Découvrir Co. en 10 questions

Pouvez-vous partager un souvenir marquant vous liant à l’art?
Un moment marquant dans mon parcours artistique est assez récent, et cela m’interpelle encore aujourd’hui.

Après plus de vingt ans passés à fréquenter des académies, des écoles d’art, des ateliers et des artistes, en tant que modèle d'art, je pensais avoir un regard déjà construit sur les œuvres. Et pourtant… c’est mon cours d’histoire de l’art qui est venu profondément bousculer cette certitude.

Il a transformé ma manière de regarder une œuvre. Là où je voyais auparavant une image, une technique ou une esthétique, j’ai commencé à percevoir des intentions, des contextes, des prises de position. J’ai appris à lire une œuvre autrement, à entrer dans ce qu’elle raconte au-delà de ce qu’elle montre.

Ce déplacement du regard a eu un impact direct sur ma propre pratique. Il m’amène aujourd’hui à questionner ma peinture avec plus de lucidité: qu’est-ce qu’elle dit de moi? Qu’est-ce que je cherche réellement à exprimer? Et surtout, est-ce que ce que je donne à voir correspond à ce que je veux transmettre?
Ce moment marque pour moi un basculement: passer de l’acte de voir à une véritable conscience du regard.

Si votre art était une chanson, laquelle?
Si mon travail devait être une chanson, ce serait "La nuit je mens" de Alain Bashung.
Une chanson habitée, à la fois intime et énigmatique, où quelque chose se dévoile sans jamais se livrer complètement. La voix y est proche, presque à nu, et pourtant elle garde une part de mystère.

C’est ce que je cherche dans mes portraits: capter une présence, une vérité sensible, sans tout expliquer. Laisser apparaître une émotion, une tension, un fragment d’histoire… tout en laissant au regardeur la liberté d’y projeter la sienne.

Comme dans cette chanson, ce qui m’intéresse n’est pas de tout montrer, mais de suggérer, de laisser des zones ouvertes, vivantes.


Et si votre art était une couleur?
Si mon travail devait être une couleur, ce serait la couleur de la peau, dans toute sa complexité.
Une palette vivante, jamais fixe, qui se construit par strates et variations: des tons très clairs aux bruns profonds, traversés de bleus, de verts, de roses, d’ocres. Rien n’est uniforme, tout est en tension subtile.

Dans mes portraits, je ne cherche pas à définir une couleur de peau, mais à la faire exister dans sa vibration, dans sa lumière propre. Elle devient un espace de recherche picturale, où le regard s’attarde sur les nuances, les écarts, les passages.
C’est une couleur qui ne se résume pas. Elle se découvre dans le temps du regard.


Si votre art était une saison?
Si mon art était une saison, ce serait l’été.
Un été de travail intense, de production, de concentration. Une période où les choses se font naturellement, avec un rythme soutenu, sans hésitation.
C’est dans cet état-là que j’ai peint mes portraits: vingt-quatre en deux mois et demi. Une série où je me suis confirmée dans ce que je savais faire, dans ma manière de construire un visage, une présence, une matière.
L’été, pour moi, ce n’est pas seulement une ambiance. C’est un moment de maturité du geste, où la pratique s’affirme et se précise.


Si votre art était un plat?
Si mon art était un plat, ce serait un bouillon.
Un bouillon riche, lentement construit, où les ingrédients se diffusent sans jamais disparaître complètement. Rien n’est figé, tout est en équilibre entre transparence et profondeur.
C’est dans cette idée-là que je retrouve mes portraits: des couches, des nuances, des présences qui se construisent dans le temps. Ce n’est pas un plat spectaculaire, mais un plat vivant, qui demande de la présence et de l’attention pour être pleinement perçu.


Si votre art était un animal?
Si mon art était un animal, ce serait un chat.
Un animal attentif, présent, qui observe avant d’agir. Rien n’est démonstratif, tout passe par le regard, par la subtilité des attitudes, par des variations infimes.
C’est aussi une manière d’être au monde que je retrouve dans mes portraits: une attention portée à ce qui est là, sans chercher à en faire trop. Une présence calme, mais très concentrée.
Le chat ne s’impose pas. Il est là, pleinement, dans une forme de justesse et de retenue.


Avec quel personnage fictif (ou non) aimeriez-vous créer une œuvre?
J’aimerais créer une œuvre avec Claire Tabouret.
Parce que son travail sur le portrait, la présence et l’intensité des visages fait écho à mes propres recherches. Elle explore des figures humaines souvent à la frontière entre intériorité et mise à distance, avec une tension très particulière dans le regard et la composition.
Ce qui m’intéresserait, ce n’est pas de “faire à la manière de”, mais de confronter deux approches du portrait: la sienne et la mienne, dans ce que le visage peut révéler sans tout dire.


Quel est votre “accident heureux”? Celui qui a transformé votre processus créatif…
Mon “accident heureux” n’est pas venu d’une erreur, mais d’un lâcher-prise.
Pendant mes cours aux Beaux-Arts, je travaillais déjà le portrait, mais avec cette idée qu’il fallait “aller plus loin”, dépasser l’image de départ. Une exigence qui, avec le temps, est devenue une forme de contrainte.
Une fois les cours terminés, je me suis autorisée à faire exactement l’inverse: peindre sans chercher à dépasser, sans me forcer, simplement suivre les visages qui m’attiraient.
Et là, quelque chose s’est débloqué. Les portraits se sont enchaînés, naturellement. J’en ai peint vingt-quatre en deux mois et demi, sans plan, sans série pensée à l’avance.
C’est en les voyant réunis, à la fin de l’été, que j’ai compris ce qui s’était passé: en lâchant le contrôle, j’avais trouvé une justesse. Une manière de peindre qui m’appartient vraiment.


Si vous deviez expliquer votre travail à un enfant de 5 ans, que diriez-vous?
Je peins des visages.
Mais je ne cherche pas seulement à faire un dessin qui ressemble. J’essaie de montrer comment la personne “est”, ce qu’on peut ressentir quand on la regarde.
Pour ça, j’utilise plein de couleurs différentes, même dans la peau: du rose, du bleu, du vert… parce que la peau n’est jamais d’une seule couleur.
Et je prends le temps de regarder, vraiment, pour faire apparaître quelque chose de vivant dans le portrait.


Quelles émotions aimeriez-vous laisser aux visiteurs?
Je ne cherche pas à imposer une émotion précise.
J’aimerais plutôt laisser aux visiteurs un espace pour ressentir, pour prendre le temps de regarder et de se laisser toucher, chacun à sa manière.
Si quelque chose doit rester, ce serait une forme de présence. Le sentiment d’avoir vraiment rencontré un regard, même brièvement.


Où admirer son art?

Son affiche est collée…

dans le petit parc
13 avenue du Roi Chevalier 

Elle expose…

avec 43 autres artistes au CCE
7 rue Montgomery
Du 3 juillet au 13 septembre
Du mardi au vendredi de 10h à 17h30

Co. - détail

Elle expose aussi…

chez Home&Co Wielant
34 rempart st-joseph
le 11/09 de 8h à 18h30 et 
le 12/09 de 9h à 18h
Alaska - détail

Le saviez-vous?

Vous pouvez admirer un autre portrait
sur le mur du CHR, peint par 
Alaska!


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